C'est tout simplement magnifique. Froid, mais en même temps magnifique.
C'est si pur, oui, c'est cela, tout est pur ici les draps, le lit, les aiguilles, la perfusion...
C'est aussi très calme, seul le léger bip bip d'un électrocardiogramme, je présume, rythme le silence.
Il m'amuse.
Les courbes m'amusent.
J'aime essayer de les contrôler en retenant ma respiration - sans grand succès - mais ça m'occupe pendant quelques minutes.
Je suis si bien, c'est mon petit paradis.
Je suis seule, personne n'est là pour me dire quoi penser, qui aimer ou au contraire, qui ne pas aimer.
C'est tellement bien d'être indépendante !
Une seule chose m'énerve : cette forte odeur de médicament mélangée à je ne sais quel autre produit. Mais bon, ce n'est pas cela qui va gâcher ce moment.
Une porte s'ouvre et me fait redescendre de mon nuage.
Deux personnes entrent, elles sont tout habillées de blanc - c'est une mode ici le blanc ?
La première à entrer est une jeune femme très belle, l'autre un homme, beaucoup moins beau.
- Oh ! Regardez, elle s'est réveillée ! Bonjour, je m'appelle Marie, je suis infirmière et je vais m'occuper de toi.
Elle me parle avec un si grand sourire, une aisance folle, que je suis presque gênée d'être là, en face d'elle.
- Euh... Bonjour... Où suis-je ?
Je savais très bien où j'étais, seulement je ne voulais pas me le dire. Je m'étais créée mon monde, mon paradis. Je ne voulais pas que tout cela se brise avec seulement quelques mots.
-A l'hôpital, je ne sais pas si tu t'en souviens mais tu...
- Tu as eu un petit accident, la coupa l'homme.
Le début de la phrase de Marie me fit plus de mal que je ne l'avais imaginé.
Mais au contraire, la phrase de l'homme me fit rire intérieurement car, non je n'avais pas oublié comme ils le pensaient - ou l'espéraient.
Non, je me rappelais très bien que j'avais fait une tentative de suicide et qu'elle avait - heureusement ou malheureusement - échoué.
Marie m'avait tendu une perche, sûrement malgré elle, mais en me disant "je ne sais pas si tu t'en souviens" elle venait de me permettre d'échapper à leur monde, d'être enfin libre.
Juste intérieurement, car physiquement j'étais encore dans ce paradis qui s'était transformé en enfer quand elle avait prononcé le mot "hôpital".
Ce mot, même sortit de la bouche d'une si belle créature, reste un mot horrible que, je pense, personne ne veut jamais entendre.
Tous ça pour dire que j'étais enfin libre car je venais de prendre une décision qui allait changer ma vie :
j'avais décidé d'oublier mon passé, comme ils voulaient que je le fasse, de recommencer une vie maintenant.
Aujourd'hui, moi Cerise, Tout juste treize ans, J'ai décidé de vivre !


